Veille biblio juin 2026
Article majeur :
Medical Imaging and Pediatric and Adolescent Hematologic Cancer Risk
Revue : NEJM
Date de parution : 09/2025
Doi : 10.1056/NEJMoa2502098
Contexte
Plusieurs études suggèrent que les rayonnements ionisants pourraient augmenter le risque de cancers pédiatriques, notamment des hémopathies malignes (cancers les plus fréquents en pédiatrie).
Cependant, ces études présentent plusieurs limites : un faible effectif dans les cohortes, une estimation approximative des doses d’irradiation reçues, un biais de causalité inverse discuté et un suivi dans le temps insuffisant.
Méthodes
Objectif de l’étude : évaluer l'association entre la dose cumulée reçue par la moelle osseuse lors des examens d'imagerie médicale et la survenue de cancers hématologiques chez les enfants.
Type d’étude : cohorte rétrospective multicentrique d’enfants nés du 01/01/1996 au 30/04/2016 aux Etats-Unis (6 états) et au Canada (en Ontario).
Les doses de rayonnement reçues par la moelle osseuse lors des examens d’imagerie médicale (scanner, radiologie conventionnelle, médecine nucléaire et fluoroscopie) ont été quantifiées à partir de modèle dosimétrique. Les associations entre les cancers hématologiques et l’exposition cumulative aux rayonnements (par rapport à l’absence d’exposition), avec un délai de latence de 6 mois, ont été estimées à l’aide de modèles de risque en temps continu.
Suivi de la naissance au premier évènement parmi :
- Diagnostic de cancer ou de tumeur bénigne
- Décès
- Fin de la couverture santé
- Atteinte de l’âge de 21 ans
- 31 décembre 2017 (date de fin de l’étude)
Le critère de jugement principal était le diagnostic de cancer via les dossiers hospitaliers et la base de données oncologiques, en prenant un délai de latence de 6 mois entre la réalisation du scanner et la survenue de l’évènement.
Les analyses statistiques comprenaient un modèle de risques proportionnels, une analyse de la relation dose-réponse et une estimation de l’Excess Relative Risk (ERR).
Résultats
La cohorte comprenait 3 724 623 enfants (75% nés au Canada et 25% aux Etats-Unis).
La moyenne de suivi était de 10.1 ans par personne.
Au cours du suivi, 2961 cancers hématologiques ont été diagnostiqués : 79.3% lymphoïdes, 15.5% myéloïdes 4.4% histiocytaires ou dendritiques.
L’exposition moyenne chez les enfants exposés à au moins 1 mGy était de 14,0 ± 23,1 mGy au total et de 24,5 ± 36,4 mGy chez les enfants atteints d’un cancer hématologique. A titre de comparaison, l’exposition correspondante à une TDM de la tête était de 13,7 mGy.
Le risque de cancer augmentait avec la dose cumulée, avec un risque relatif (par rapport à l’absence d’exposition) de :
- 1,41 (IC95 %, 1,11 à 1,78) pour une dose comprise entre 1 et moins de 5 mGy
- 1,82 (IC95 %, 1,33 à 2,43) pour une dose comprise entre 15 et moins de 20 mGy
- et de 3,59 (IC95 %, 2,22 à 5,44) pour une dose comprise entre 50 et moins de 100 mGy.
L’excès d’incidence cumulée des cancers hématologiques à l’âge de 21 ans chez les enfants exposés à au moins 30 mGy (moyenne : 57 mGy) était de 25,6 pour 10 000.
Dans la cohorte de l’étude, les auteurs ont estimé que 10,1 % (IC95 % 5,8 à 14,2) des cancers hématologiques pourraient être attribuables à une exposition aux rayonnements liée à l’imagerie médicale, les risques étant plus élevés pour les examens d’imagerie médicale à forte dose tels que la tomodensitométrie.
Focus sur la figure 2 :

Par ailleurs, la figure 2 montre que l’association entre l’exposition à une dose de 30 mGy et le risque relatif de cancer hématologique diminue avec le temps après l’exposition. L’association était plus marquée chez les enfants exposés à un âge plus âgé. Par exemple, pour un enfant âgé de 5 à 10 ans ayant été exposé à 30 mGy, le risque relatif (par rapport à l’absence d’exposition) était de 6,09 (IC à 95 %, 3,00 à 12,40) un an après l’exposition et de 2,40 (IC à 95 %, 1,48 à 3,87) cinq ans après l’exposition. Pour un enfant âgé de 1 à 4 ans ayant été exposé à 30 mGy, le risque relatif était de 2,81 (IC à 95 %, 1,85 à 4,24) à 1 an et de 1,50 (IC à 95 %, 1,03 à 2,17) à 5 ans après l’exposition. Cependant, les intervalles de confiance sont larges.
Conclusion
L’étude suggère l'existence d'un lien entre l'exposition aux rayonnements issus de l'imagerie médicale et une augmentation, certes faible mais significative, du risque de cancer hématologique chez les enfants et les adolescents. L’augmentation relative du risque est importante dans l’étude mais l’augmentation absolue (et donc le risque individuel) est faible.
Les résultats de la figure 2 sont intéressants et s’opposent à ceux de la littérature qui décrivaient une association plus forte chez les plus jeunes entre exposition aux radiations ionisantes et risque de cancer.
Les résultats soulignent l’importance d’évaluer avec soin le rapport bénéfice-risque du recours à l’imagerie utilisant des radiations ionisantes chez l’enfant et de réduire cette exposition chaque fois que cela est cliniquement possible (optimisation des doses, recours à l’échographie ou l’IRM).
Forces
- Toutes les techniques d’imageries sont recueillies dans l’étude
- Suivi complet de la naissance à la fin de l’étude
- Cohorte exposés / non exposés importante représentative de la population
- Reconstruction détaillée des doses reçues à l’échelle individuelle
- Résultats cohérents avec les précédentes études
- Délai de latence de 6 mois et 24 mois par rapport aux expositions afin de limiter une causalité inverse
- Stratification du risque de cancer sur la trisomie 21
Faiblesses
- Risque de sous-estimation de l’incidence cumulée (arrêt du suivi à 21 ans)
- Sous détection des cancers avec la méthode utilisée dans l’étude
- Etude observationnelle : association mais pas causalité
- Possible facteurs de confusion non mesurées (immunodéficience, syndrome génétique, maladies inflammatoires chroniques)
Article mineur n°1 :
Radiation exposure from CT scans in childhood and subsequent risk of leukaemia and brain tumours: a retrospective cohort study
Revue : Lancet
Date de parution : 2012
http://dx.doi.org/10.1016/S0140-6736(12)60815-0
Résumé
Cette étude de cohorte rétrospective a évalué le risque de leucémie et de tumeurs cérébrales après des scanners (CT) réalisés chez des enfants et jeunes adultes de moins de 22 ans au Royaume-Uni. Les résultats montrent qu'une augmentation de la dose cumulée de rayonnements est associée à une hausse du risque de ces cancers. Une dose d'environ 50 mGy à la moelle osseuse pourrait presque tripler le risque de leucémie, tandis qu'une dose d'environ 60 mGy au cerveau pourrait presque tripler le risque de tumeur cérébrale. Toutefois, le risque absolu reste faible, avec environ un cas supplémentaire de leucémie et un cas supplémentaire de tumeur cérébrale pour 10 000 scanners cérébraux réalisés chez des enfants de moins de 10 ans au cours des dix années suivantes. Les auteurs concluent que les scanners doivent être réservés aux situations où ils sont cliniquement justifiés et que la dose de rayonnement doit être maintenue aussi faible que possible.
Article mineur n°2 :
The Use of Computed Tomography in Pediatrics and the Associated Radiation Exposure and Estimated Cancer Risk
Revue : JAMA pediatric
Date de parution :2013
doi:10.1001/jamapediatrics.2013.311
Résumé
Cette étude rétrospective a analysé l'utilisation des scanners (CT) chez les enfants aux États-Unis ainsi que les doses de rayonnement délivrées et le risque de cancer associé. Les auteurs montrent que les doses varient fortement selon l'âge, l'indication clinique et les établissements, révélant un potentiel important d'optimisation. Ils estiment qu'environ 4 870 cancers pourraient être induits chaque année par les scanners pédiatriques si les pratiques observées se maintiennent. Les scanners de l'abdomen et du bassin, bien que moins fréquents que les scanners crâniens, contribueraient à la plus grande part du risque en raison des doses plus élevées. Les auteurs concluent qu'une justification rigoureuse des examens et une réduction des doses de rayonnement pourraient diminuer significativement le risque de cancers radio-induits chez l'enfant.
Article mineur n°3 :
Risk of hematological malignancies from CT radiation exposure in children, adolescents and young adults.
Revue : Nature Medicine
Date de parution : 2023
https://doi.org/10.1038/s41591-023-02620-0
Résumé
Cette étude a évalué le risque de cancers hématologiques liés à l'exposition aux rayonnements des scanners (CT) chez les enfants, les adolescents et les jeunes adultes. Les chercheurs ont suivi près de 950 000 personnes de neuf pays européens ayant subi un scanner avant l'âge de 22 ans. Les résultats montrent une association entre dose cumulative et risque de cancer hématologique avec un excès de risque relatif à 1.96 (IC95% 1.10 – 3.12) tous les 100 mGy. Les auteurs estiment que, pour 10 000 enfants ayant réalisé un scanner, 1 à 2 cas supplémentaires de cancer hématologique pourraient être attribués à cette exposition au cours des 12 années suivantes. Bien que le risque individuel reste faible, cette étude confirme qu'il existe un lien entre les faibles doses de rayonnements des scanners et le risque de cancer. Elle souligne donc l'importance de ne réaliser un scanner que lorsqu'il est médicalement justifié et d'utiliser la dose de rayonnement la plus faible possible (principe ALARA).
Article mineur n°4 :
Projected lifemtime cancer risks from current computed tomography imaging
Revue : JAMA interm Med
Date de parution : 2025
doi:10.1001/jamainternmed.2025.0505
Résumé
Cette étude a estimé le nombre de cancers qui pourraient être induits par les examens de tomodensitométrie (scanner) réalisés aux États-Unis en 2023. Les auteurs projettent qu'environ 103 000 cancers pourraient survenir au cours de la vie des patients exposés si les pratiques actuelles se maintiennent. Les adultes représentent la majorité des cas en raison du grand nombre de scanners réalisés, tandis que le risque individuel est le plus élevé chez les jeunes enfants. Les scanners de l'abdomen, du bassin et du thorax contribuent à la plus grande part du risque projeté. Les auteurs concluent qu'il est essentiel d’optimiser le nombre d’examens ains que les doses de rayonnement afin de réduire le risque de cancers radio-induits, tout en préservant les bénéfices diagnostiques des scanners.
